samedi 28 juillet 2007

Pas facile d’être Laotien au Québec

Parfois quand j’y pense, j’aurais aimé être un Québécois pure laine au lieu d’être un asiatique, car ma vie serait agréablement beaucoup plus facile à l’école, à me faire des amis, au travail, dans les relations d’affaires, dans la société et l’amour. Mais malheureusement ce n’est pas le cas, je sais qui je suis et d’où je viens, j’endure à chaque jour les préjugés et je me sens rejeter à cause que je suis différent des Québécois soit par la couleur de ma peau, mes valeurs, les opinions, mes idées, ma culture et la nourriture. En effet, ce n’est pas facile d’être Laotien au Québec, j’ai été souvent victime de raciste depuis que j’ai immigré au Canada avec mes parents alors que j’avais à peine 2 ans à ce moment-là, mais c’était le prix à payer pour vivre et refaire notre vie ici. Souvent, on nous le dit verbalement, gestuellement, visuellement et parfois silencieusement que nous ne sommes pas les bienvenues.


Un peu d’histoire

Les communistes ont envahi le Laos vers les années 1975-76 provoquant ainsi l’exode de 300 000 Laotiens vers d’autres pays comme l’Australie, la Thailande, la France, les États-Unis ainsi qu’au Canada dans les provinces de Québec, l’Ontario, l’Alberta et Vancouver. Mes parents ont choisi le Québec principalement parce qu’ici on parle français, oui, au Laos on parle le français aussi puisque le Laos a été colonisé par les Français de France à une époque et on avait pas mal gardé quelques vestiges du régime. Deuxièmement, mes parents avaient beaucoup d’amis et de familles qui se sont également installées ici.


L’école

Dans mon cas, j’ai fréquenté l’école québécoise depuis la maternelle jusqu’à l’université. Je ne suis pas très doué en français malheureusement tout comme les autres Asiatiques que j’ai rencontrés au cours de mes études, mais bon, je me débrouillais et je me corrigeais de mon mieux avec le dictio et le bécherelle. L’école a été le milieu dont j’ai pas mal détesté. Il faut comprendre qu’à ce moment-là je vivais sur la Rive-Nord et dont 95% des personnes étaient des Québécois et 5% étaient des Juifs, Asiatiques, Haitien, Portugais, Mexicain, Allemand, etc. Donc, très souvent il y avait à peine 1 ou 2 immigrants sur 26 élèves dans mes classes de maths, français, éducation physique, physique, chimie et histoire, et je me sentais pas mal seul et isolé des autres quand vient le temps de faire équipe. Certains m’ont accueilli à bras ouvert pour faire les travaux, mais d’autres préféraient que j’aille voir ailleurs parce qu’ils n’aimaient pas ma face. Très souvent, je ne dis rien, mais je comprends leur signe et leur intention.



Ce qui m’a très souvent frustré et découragé c’était les fameux noms qu’on nous associait dans le genre “salut le Chin tok”, “le Chinois”, “Jacky Chan”, “le Wong”, “Jet Li”. J’étais frustré, oui, en entendant ces mots, mais j’étais réservé et tolérant, je riais avec eux plutôt, j’acceptais de me faire appeler ainsi autrement dit, c’était la seule solution si je voulais devenir leurs amis et pour ne pas les provoquer ni causer d’autres problèmes. Quelques fois c’était des phrases qui me déchirent genre “Retourne donc dans ton pays osti de wong”, “as-tu mangé ton pâté chinois aujourd’hui?”, “Coliss d’immigrant”. Parfois c’était des regards, des gestes qu’on m’envoyait pour m’insulter ou pour me provoquer et parfois j’ai dû me battre. Eh oui, je n’aimais pas me battre, mais parfois il le fallait pour avoir du respect et démontrer que je ne suis pas un peureux ni un “Twit” à cause qu’ils sont plus nombreux que nous.

Mais depuis ce temps-là, la situation a pas mal changé, il y a de plus en plus de minorités ethniques dans les classes, on peut en compter jusqu'à 6 sur 26 élèves en date d’aujourd’hui à cause de l’immigration ainsi que les enfants de la génération précédente dans les écoles de la Rive-nord. L’adoption des petites Chinoises aura également des conséquences sur la population prochainement.

Mais, j’ai appris… j’ai appris que je n’étais pas le bienvenu au Québec, mais qu’il fallait vivre avec, on n’a pas le choix si on veut survivre. C’était la triste réalité. J’ai voulu abandonner par moment, mais j’ai eu de l’espoir. J’ai eu des amis qui m’ont tendu la main et m’ont aidé à passer à travers cette période assez difficile et d’oublié un peu. J’ai été chanceux, car plusieurs de mes amis asiatiques ont décroché l’école assez vite et sont allés travailler et faire leur vie. De plus, j’aimerais mentionner qu’il ne faut pas non plus généraliser. Ce n’est pas tous les Québécois qui sont raciste, certains sont super cool et apprécient notre présence, et certains moins cool et ils ont un peu peur que les immigrants prennent leur place, volent leur job et société.


L’amitié

Je suis persuadé que j’aurais beaucoup plus de faciliter à me faire des amis si j’étais un vrai québécois. Je serais semblable aux autres au point de vue des valeurs, opinions politiques, des idées et des projets. Les gens seraient plus généreux, chaleureux et accueillants à mon égard. On m’accepterait beaucoup plus facilement dans leur gang d’amis.

Malheureusement, je ne suis pas aussi chanceux et j’ai dû travailler fort pour me faire accepter et de me faire des amis. Avec le temps, j’ai pas mal changé ma personnalité et mon attitude en conséquence. J’ai compris que peu importe qui je suis, il y a des manières et attitudes à adopter pour se faire des amis. Le respect, la tolérance, l’entraide, le partage et l’ouverture d’esprit sont des éléments qui m’ont beaucoup aidé pour y parvenir. Je sais aussi, qu’il y aura toujours du monde qui m’aimera pas la face même si j’essaye d’être cool et généreux avec eux, ce sont des personnes que j’évite la plupart du temps pour éviter des conflits. Mais la vie est comme ça, on ne peut plaire à tout le monde et personne n’est parfait aussi.


Au travail

Durant mes études, j’ai dû travailler ici et là pour survenir à mes besoins et payer mes livres scolaires. J’ai dû faire beaucoup de travail à la chaîne, c’était plus facile, et on engageait des étudiants à la tonne. J’ai entendu des mûrs et des pas mûrs à propos des immigrants de toutes nationalités. Je constatais aussi que la plupart des mes chefs d’équipes étaient des Québécois, pour moi c’était correct, mais on pouvait aussi déduire que les immigrants n’avaient pas toujours l’option d’aller plus haut dans la hiérarchie de la compagnie même s’ils avaient 5 ou 10 ans d’anciennetés même s’ils mentionnent une équité entre travailleurs. Cependant, je sais que les Québécois seront beaucoup plus avantagés sur plusieurs plans. Je parle des compagnies situées sur la Rive-Nord là, je ne parle pas des compagnies situées à Laval ni à Montréal, là c’est différent. Je ne dis pas non plus que les compagnies sur la Rive-nord sont racistes, mais c’est juste une observation et de constatation au cours des dix années passées dans une vingtaine de compagnies dont j’ai trimé dur durant mes études.

Ce qu’on reproche souvent aux immigrants, c’est le fait qu’on vole la job des Québécois dans plusieurs secteurs d’activités. Oui, c’est vrai, pourquoi devrait-on engager un Chinois alors qu’on peut engager un québécois? La réponse n’est pas aussi simple, très souvent il y a aspect monétaire, les immigrants sont prêts à travailler pour le salaire minimum, beaucoup d’heures supplémentaires et des tâches ennuyantes et dégueulasse parfois lorsqu’ils n’ont pas beaucoup de choix. Tandis que les Québécois recherchent un plus gros salaire, plus d’avantages sociaux et de meilleures conditions de travail sans ça ce n’est rien du tout. Donc, lorsqu’une compagnie à besoin de main d’oeuvre, elle engagera ceux qui acceptent les conditions émises. C’est sur et certains qu’elle aurait préféré engager juste des québécois, mais comme il n’y en a pas assez qui veulent postuler, ils engagent le meilleur des postulants et très souvent c’est des immigrants comme moi qui a eu ces chances et privilèges d’avoir ce poste.


La société

J’aimerais vous avouer que j’ai voté pour le “Oui” pour l’indépendance du Québec. Pourquoi? Pour mes amis, j’y crois à votre pays, à votre économie, à l’éducation, à votre ouverture d’esprit et tolérance envers les minorités visibles. Cependant, j’ai été déçu qu’on ait pointé du doigt les immigrants, c’est peut-être vrai aussi, nous avons peur d’une part. Certaines ont peur de se faire chasser ailleurs lorsque le Québec deviendra un pays, peur de ne plus avoir d’emploi à cause du changement, peur d’avoir moins d’avantages qu’un Québécois pour les produits et services. Beaucoup étaient victimes de racistes tout comme moi, alors les relations n’étaient pas aussi amicales qu’on prétend l’être. J’ai pas mal étudié l’histoire du Québec aux secondaires et je comprends un peu plus pourquoi vous méritez d’avoir un pays. Selon moi, il faudrait que les Québécois gagnent le coeur des immigrants et vous aurez les votes nécessaires pour concrétiser votre rêve.

J’ai constaté que les asiatiques sont très peu présent dans les médias francophones, il y a peut-être la petite fille Mao dans les Bougons, mais à part de ça ya pas d’autre super star. Ils sont pas mal discrets si je peux me permettre de le dire. Dans les autres minorités visibles, je peux constater qu’il y a Normand Bradwait, Anthony Kavanagh, Didier Lucien qui ont fait leur marque et persévérer dans le monde du show bizz, c’est remarquable et encourageant de savoir qu’il y a quand même de la place pour nous dans ce milieu.


En Amour

Je dois vous avouer que j’ai pas eu beaucoup de blondes c’est vrai, je peux les compter sur mes doigts. J’ai 30 ans et il m’est un peu difficile de me trouver une blonde puisque je me sens pas mal vieux pour les filles de 18-20 ans. Il n’y a pas une tonne de filles asiatiques à Boisbriand, ni à Laval, ni à Montréal non plus. Hummm à Montréal ça dépend des secteurs, c’est vrai. Par contre, la plupart des filles asiatiques que j’ai rencontrées et qui ont à peu près mon âge sont toutes prises, mariées et ont des enfants.

Je me suis donc tourné vers les filles québécoises de 25-29 ans, célibataire et sans enfants si possible. Je voulais donc mettre les chances de mon côté, on ne sait jamais, j’aurais peut-être un heureux hasard. Qui ne risque rien, n’a rien, paraît-il. Donc, de semaine en semaine j’ai fait la rencontre de Québécoises dans les bars, discothèque, à la bibliothèque, au poker, au travail, dans les arrêts d’autobus, dans le métro, dans les partys d’amis, etc. Cependant, j’avais remarqué qu’elles préféraient être amies plutôt que d’aller plus loin dans la relation. C’est assez visible lorsqu’elle regarde le beau gars à côté au lieu de se concentrer sur moi. Ou bien parfois, elle me parle du beau gars qu’elle a croisé dans la rue ou dans un party hier soir et donc elle aimerait sortir avec, c’est assez évident que je ne l’intéresse pas vraiment. Je suis un Turn Off autrement dit. Après observation, je dirais que oui, en étant québécois j’aurais pu avoir plus de chances à séduire et lui plaire. C’est un peu normal, c’est instinctif, on regarde nos semblables avant de regarder ailleurs. De plus, je sais que le gars assit à côté de moi, mal habillé, tout crotté et une mauvaise haleine aurait plus de chance de se faire remarquer par les filles que moi puisqu’il est québécois. Tout est dans l’observation, le regard, les paroles et l’attention que la fille te porte sur toi et ça donne précisément l’indication qu’elle soit intéressée ou non à toi. Dans mon cas, c’est vrai que je ne suis pas Brad Pitt, je ne suis pas aussi beau, je n’ai pas son charme, ni aussi grand, ni aussi viril, mais je ne me décourage pas pour autant. J’essaye d’exploiter les autres qualités que je possède c’est-à-dire, la franchise, l’honnêteté, l’humour, mon savoir, le respect, l’intelligence, les compliments et les surprises.

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Suicide

Oui, parfois cette idée m’a effleuré dans mes pensées, mais je n’ai jamais essayé de le mettre en pratique par contre. Il m’arrive quelques fois d’être vraiment “Down” à cause que je me sens seul, exclu, isolé, rejetté des autres à cause que je suis différent et que je n’ai personne à qui confier mes insuccès, mes échecs et ne trouvez personne pour m’encourager et pour me complimenter dans mes réalisations. Cependant, j'ai réalisé que j'étais plus utile en étant vivant que mort, il ne fallait pas que j'oublie mes parents ainsi que mes frères et les venir en aide si jamais ils sont dans le besoin. Cette option n'était donc pas avantageuse, mais ça aurait pu être un grand soulagement.


En conclusion, je sais que je ne peux devenir un vrai québécois même si je parle leur langage, même si j’efface mes anciennes valeurs, cultures et opinions pour les remplacer par ceux-ci. Je sais qui je suis et d’où je viens, je n’ai pas oublié.

J’aimerais par contre, remercier tous mes amis québécois qui ont pris le temps de m’aider, d’accepter qui je suis, de tolérer, de m’endurer, de m’avoir partager votre amitié, vos peines, amours et bonheurs.


PS. Merci d’avoir lu, je vous prie d’émettre un commentaire, je suis ouvert à vos opinions, suggestions, insultes et compliments.


Sou